Je sors de la salle et descends les escaliers. En passant la porte d’entrée, je bouscule un grand baraqué de l’équipe de foot. Je crois que c’était Manu, un métisse blond qui fait baver toutes les filles du lycée. Il est taciturne et il est l’un des rares à ne pas participer à toutes les brimades que fait subir sa bande aux autres. Je sors sans m’excuser. Je n’en vois pas l’intérêt, et puis il s’en ficherais. Ça se trouve il n’a même pas senti mon petit mètre 73 le bousculer. Après tout, quand on fait pas loin de 1m90 pour je dirais 80 kilos une maigrichonne comme moi, on la sent pas.
Quelques minutes plus tard, j’arrive au squat. Saad y est déjà, il dort. Je m’agenouille à son côté et pose ma main sur son épaule. Je lui caresse le visage pour le réveiller et comme d’habitude il m’enlace et m’embrasse. Je me laisse faire, pas part soumission, non, parce qu’avec lui c’est toujours comme ça. Que se soit une fille ou un garçon, il l’embrasse juste pour lui dire bienvenue. Il distribue l’affection qu’il n’a pas eu et je trouve ça agréable car quand il est là, tout est apaisé. Saad est un immigré. Il vient du Liban où, dès ses 5 ans, on lui a donné une arme. Mais un jour il a fuit et il a vécu seul dans la rue. Puis ils nous a rencontrés, nous, pauvres shootés sans but, pour que l’on puisse ne pas être seuls dans ce monde sans sens ni valeur. Calée dans ses bras, il me demande :
«Hier je ne t’ai pas vu. J’étais inquiet, tu sais ? De plus quand, Brian nous a fourni, c’était une came trop pure. J’ai eu peur que tu n’aies pas survécu .
-En effet elle était trop pure, j’ai survécu mais c’est pas passé loin.
-Heureusement que tu es encore là. Je ne sais pas ce que ce serait sans toi ou sans, ne serait-ce que l’un de vous ?
-Ne t’inquiète pas, c’est fini. »
Le temps passe. Il m’interroge sur ma journée. Je lui raconte tous les événement bien sûr, mais surtout mes sentiments, c’est ce qui l’intéresse de savoir ce que l’on a ressenti. Les autres nous rejoignent peu a peu. Il y a Sadisutikku Na et Jigyakutei : ce sont les plus jeunes. Je les ai trouvées par hasard. Elles fumaient un joint et s’apprêtait à faire une première piqûre. Je leur ai dit de me suivre et je ne sais pourquoi, elles sont venues. Saad leur a donné une leçon pour qu’elles ne commencent pas, car c’est ce qu’il fait : recueillir les addicts pour les soutenir et empêcher les jeunes de commencer. Depuis, elles restent avec nous mais ne touchent pas à la came mais grâce à elle l’ambiance et agréable, elles ont un don pour détendre l’atmosphère.
Ensuite Lionel, Carl et Rosa arrivent et enfin Ryan. Je me lève à son entrée. Il me regarde d’un air étonné comme si pour lui j’était morte et enterrée. Après tout, il espérait que sa vengeance marche, non ? Mais il s’est trompé, et aujourd’hui c’est mon tour. D’un geste rapide et précis, je lui décroche une droite qui le fait tomber au sol. Les autres veulent se précipiter pour nous arrêter, mais Saad leur fait comprendre d’un regard de ne pas bouger ; ils ne comprennent pas mais obéissent. Je l’attrape par le col et lui dit :
« Tu es content de me revoir Ryan, non ?
-Que…
-Tu espérais te venger non ? Tu voulais que je crève parce que je t’ai repoussé, moi la sal*pe qui baise tout le monde ! Mais toi tu n’es pas tout le monde, tu es une ordure, un détritus ! Tu te crois supérieur et irremplaçable peut être ?
-Tu crois que je ne le suis pas ? *un sourire narquois apparu* Après tout, sans moi pas d’héro et je peux te dire que toi, tu n’en auras pas espèce de sale p*te. »
Je me relève et lui mets un coup de talon dans le nez. Un filet de sang coule, je pars rejoindre Rosa. Saad se lève et se dirige vers Ryan. Il lui dit :
«Nous t’avons trouvé un remplaçant alors pars.
-Hein ? Mais vous avez pas le droit !
-Ici il n’y a pas de lois. De plus, on en sait pas quelle came tu nous ramènes et je refuse qu’un autre incident de ce genre arrive. Je me suis trouvé un fournisseur alors j’assurerai moi-même nos transactions. Tu y vois un inconvénient ? »
Il prit un air menaçant, celui que nous redoutons tous.
Bryan se relève et part : cet incident est définitivement clos.
La soirée se passe comme à son habitude, racontant nos journées, nos impressions et nos rêves, brisés parce que l’on sait que dans ce monde, seulement une poignée de personnes peuvent les réaliser.
Il est 0h00 je prends mon sac et m’en vais. Ils sont tous en train de somnoler. Je ferme doucement la porte pour partir vers une ambiance bien moins agréable.












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